L’AGAVE : UNE HISTOIRE DU TEMPS

« L’arbre des merveilles ». Voilà comment les conquistadors espagnols décrivirent l’agave à leur retour des premières expéditions dans ce qui était encore appelé la nouvelle Espagne. Il est vrai que la faculté des agaves à pousser de manière totalement sauvage dans des endroits ou la vie semble difficilement soutenable pousse à l’admiration. Surtout, l’aisance avec laquelle elles ont su fournir tout au long de l’histoire les ressources nécessaires aussi bien à la survie animale qu’au développement de l’humanité fascine.

Les premières traces de l’utilisation de l’agave dans l’histoire de l’humanité remontent en effet à plus de 10 000 ans. Elles montrent son usage dans la confection de vêtements et d’habitation par les premiers peuples d’Amérique ; de la feuille on tirait une fibre qui servait à la production de tissus et de vêtements. Les épines, quant à elles, étaient utilisées comme aiguilles à coudre. Ces mêmes aiguilles servaient également en médecine afin de recoudre et soigner les plaies. Les feuilles, séchées, pouvaient servir à la construction d’un toit en assurant son étanchéité. Enfin, l’agave était utilisé dans la conception de savon.

Au cours de leur exploration du Nouveau Monde à la fin du XVème siècle et au début du XVIème, les conquistadors espagnols firent également part à la couronne espagnole de sa consommation comme aliment par les Aztèques et les populations indigènes. Ils découvrirent en effet une boisson alcoolisée appelé Pulque, fruit d’un ingénieux procédé de fermentation de l’agave.

Résultante de la fermentation de la sève d’agave, le Pulque fut décrit comme étant le seul breuvage alcoolisé connu des populations locales. Titrant entre 7 et 9 degrés, il était considéré par les Aztèques comme un élixir sacré qui permettait d’accéder à une perception modifiée de la réalité. Principalement utilisé dans les cérémonies religieuses, il offrait une passerelle spirituelle permettant de connecter les âmes des vivants au monde des dieux et des esprits.

Les seuls écrits retrouvés sur la genèse du Mezcal laissent à penser que les espagnols auraient eu un rôle prépondérant dans sa création. La rencontre endiablée de deux mondes que tout opposait aurait donné naissance au Mezcal. Ainsi à la fin du XVIème siècle, les conquérants Espagnols, à court de brandy, cherchèrent un moyen d’abreuver leur soif. Ils décidèrent alors de transformer le pulque sacré en ajoutant au procédé de fermentation existant la distillation en alambic, technique transmise par les arabes durant l’occupation de l’Espagne. Le Mezcal, fruit de ce savant mélange des cultures, connu un succès immédiat et la technique de fermentation-distillation, unique au monde, fut transmise au plus grand nombre jusqu’à devenir un savoir-faire national.

A son apogée, au cours du XVIIIème siècle, la production de mezcal était telle que les espagnols décidèrent d’en taxer fortement sa consommation. Les producteurs situés au sud du Mexique, ou la résistance à l’occupation espagnoles étaient la plus forte, durent alors faire preuve d’inventivité pour passer au travers des nombreux contrôles exercés par les autorités. Ce jeu du chat et de la souris continua durant des siècles mais la faculté de l’agave à pousser dans les endroits les plus reculés et désertiques a joué en sa faveur, les producteurs pouvant continuellement se déplacer et ainsi échapper à la répression. Cette répression, parfois sanglante, ne mis jamais fin à la production clandestine car, au fil de la résistance, une croyance s’était imposée. Celle d’un Mezcal fruit de l’expression sacrée des anciens dieux, un élixir dont ils avaient divinement hérité. C’est cette croyance qui a permis de préserver cette culture telle que nous la connaissons aujourd’hui. Le savoir-faire continua ainsi à se transmettre dans la clandestinité et même si le mezcal tomba quelques peu dans l’oubli, sa survie ne reposant que sur la dévotion de quelques familles, sa légende devint alors éternelle.

Aujourd’hui l’agave a retrouvé ses lettres de noblesses. Les chercheurs ont commencé à s’intéresser de près à ses succulentes fascinantes et plus de 200 espèces ont à ce jour été répertoriées, dont une cinquantaine utilisée dans la fabrication de Mezcal. Au-delà de cette utilisation, l’agave commence à être utilisée dans les produits de bien-être confectionné de manière écologique et responsable, offrant de nouvelles perspectives pleines de promesses à l’arbre des merveilles.

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